La période des fêtes de fin d’année n’a pas été des plus réjouissante sur la scène macroéconomique. Les nouvelles publiées au fil du mois n’ont pas laissé transparaître d’un quelconque apaisement du ralentissement économique mondial, bien au contraire. Le mois de décembre s’est particulièrement distingué par l’observation d’une accélération brutale de la dégradation de la conjoncture mondiale. Dans de nombreux pays et sur de nombreux indicateurs, les chutes vertigineuses ont été d’une telle ampleur, que de nombreux niveaux historiques ont été franchis. Dans un environnement sans la moindre éclaircie, les prix des matières premières ont poursuivi leurs replis. Au plus bas, le prix du pétrole s’est établit à 36$ le baril. Sur le marché des changes, le dollar s’est violemment affaibli contre Euro, de 1,26$ à plus de 1,40$ pour 1 Euro en fin de mois.
Aux États-Unis, la récession, désormais officiellement reconnue par le NBER*, l’organisme américain officiel dans la datation des cycles économiques, fait de plus en plus de victimes. Le marché de l’emploi s’est littéralement effondré avec la suppression de près de 533 000 postes sur le seul mois de novembre, soit la plus forte contraction depuis 1974. L’appareil productif américain tourne au ralenti. Seulement 75,4% des capacités industrielles ont été utilisées en novembre et la production industrielle continue de se replier fortement (-5,4% en variation annuelle). L’indicateur avancé d’activité ISM pour le secteur manufacturier s’est établi à 36.2, un point bas depuis 1982. Le secteur de la construction et de l’immobilier en général continue de s’enfoncer dans la crise. Les mises en chantiers de novembre ont finalement atteint leur plus bas niveau depuis la création de la série en 1959. Du coté des ménages, les difficultés s’accumulent et les dépenses de consommation en subissent les conséquences : les ventes au détail de novembre affichent un repli historique de -7,2% en glissement annuel (série débutant en 1992). Face à cette aggravation notable de la récession en cours, la Réserve Fédérale a réalisé un geste historique en abaissant son taux directeur de 75 points de base pour établir une fourchette de fluctuation comprise entre 0% et 0,25%, une première depuis la création de l’institution.
En zone Euro également, les indicateurs d’activité se sont effondrés. La dynamique de la production industrielle de la zone a connu en novembre la contraction la plus forte de son histoire. En Allemagne, le moral des industriels est au plus mal. L’indicateur IFO qui mesure leur confiance, a touché en décembre son plus bas niveau depuis l’instauration de la série en 1991. L’industrie française n’est pas en reste avec un repli de la production industrielle de près de 7,2% en octobre, du jamais vu depuis plus de trente ans.
Pour contrer cette dégradation de l’environnement économique, dans un contexte de forte détente de prix (inflation à 2,1% en novembre), la BCE a procédé à une baisse historique de son taux directeur, un mouvement de 75 points de base de 3,25% à 2,50%.
Outre manche, la réaction de la banque d’Angleterre est encore plus radicale. L’autorité monétaire a fixé son taux à 2%, soit une baisse de 100 points de base. En procédant de la sorte, elle abaisse son taux directeur au plus bas niveau jamais atteint depuis 1951.
La dégradation de l’environnement économique au Japon s’est considérablement accélérée. Successivement, les exportations, les commandes et la production industrielle ont affiché des chutes historiques sur des niveaux rarement observés, signaux dénotant là aussi la violence du ralentissement économique mondial de cette fin d’année. Le marché de l’emploi a poursuivi sa dégradation et la consommation s’est repliée pour le 9ième mois consécutif.
L’arrêt brutal de l’activité mondiale au quatrième trimestre s’est également fait ressentir dans les pays émergents. Alors qu’elles restaient jusque là en croissance, les productions industrielles dans les pays dits « BRIC » (Brésil, Russie, Inde, Chine) ont finalement capitulé pour se contracter violemment au mois de novembre. Autre signal fort, les exportations chinoises se sont repliées en novembre pour la première fois depuis 2001.
*NBER : National Bureau of Economic Research
Frédéric KLEISS, le 29 décembre 2008